Accent québécois – Niveau expert

Apprécier l’accent québécois dans toute sa diversité demande parfois de sortir des médias traditionnels. Dans une récente capsule, j’ai présenté des extraits d’une entrevue familiale trouvée dans le Fonds de données linguistiques du Québec — un petit trésor pour qui veut entendre du français québécois authentique et spontané, qui présente quelques caractéristiques plus régionales. Voici un tour d’horizon des principaux traits observés, expliqués de façon claire et utile pour les apprenants.

1. Les “è” ouverts de l’imparfait

Dans les verbes se terminant par -ait/ais (il fait, je marchais, il sortait, on traversait), certaines personnes, surtout en région ou dans les générations plus âgées, prononcent le « è » de manière plus ouverte, presque comme un « a ». C’est un trait en recul qui tend à disparaître dans les grandes villes, mais il reste observable.

Dans l’entrevue, trois générations se côtoient, et on entend très bien ce dégradé : la grand-maman le fait régulièrement, l’homme (papa ou oncle?) de façon moins prononcée, et la jeune adulte pas du tout. Un bel exemple de la variation diachronique, c’est-à-dire à travers le temps, de l’accent québécois.

2. La spirantisation des fricatives

C’est sans doute le trait le plus marquant de la capsule : la transformation des sons /ʃ/ et /ʒ/ en une sorte de [h], comme dans « hamb » pour jambe ou « henre » pour genre. Les linguistes appellent ça la spirantisation des fricatives.

Souvent associée au Saguenay (si l’on se fie aux ouvrages de référence), cette prononciation est en réalité attestée dans plusieurs régions rurales, et elle est de plus en plus rare. Dans l’extrait de l’entrevue, l’homme la produit naturellement, ce qui permet d’en entendre de superbes exemples authentiques. D’où l’importance des archives audio en linguistique!

3. “Leux” au lieu de “leurs”

Autre phénomène, cette fois plus répandu et fréquent : la prononciation « leux » à la place de leurs.
Leux enfants, leux affaires, je leux ai expliqué…

Ce trait traverse les générations, mais il varie selon les registres de langue. Même des Québécois qui ne le réalisent pas forcément en contexte formel (devant une caméra, devant un groupe, en entrevue…) vont l’utiliser tout naturellement avec leur famille ou leurs amis. C’est un rappel utile : l’accent québécois n’est pas monolithique. Les locuteurs ajustent leur discours selon la situation!

4. Les R roulés

Les fameux R roulés, aujourd’hui rares chez les plus jeunes, sont bien présents dans la bouche de la grand-maman de l’entrevue. Ce phénomène, autrefois répandu, a peu à peu cessé de se transmettre, ce qui fait en sorte qu’on l’associe maintenant à des personnes plus âgées.

Pour en savoir plus sur ce trait, je vous invite à écouter cette fascinante entrevue de Radio-Canada avec linguiste Wim Remysen, qui en explique l’origine et le déclin.

5. Une prosodie très expressive

Comme toutes les variétés de français, l’accent québécois possède une musicalité bien à lui. L’un des traits prosodiques les plus marquants consiste à étirer la première syllabe d’un mot — souvent un sacre — avec une intonation qui monte et qui redescend.

Cââôlique!
Taaaaabarouette!
Maaauuudit!

Ce mouvement prosodique est très répandu lorsqu’il y a surprise, colère ou forte émotion. C’est un élément clé pour reconnaître, imiter ou simplement apprécier l’accent québécois.

Vocabulaire québécois familier

Voici les mots familiers employés dans la capsule et susceptibles de dérouter des francophones d’ailleurs :

  • Heille! : interjection d’appel ou d’exclamation.
  • Chainsaw : scie mécanique, scie à chaîne (anglicisme d’usage courant au Québec).
  • Ben : variante de « bien », très fréquente dans le registre familier.
  • Nous autres / eux autres : pronoms renforcés, typiques du français québécois oral.
  • Pitcher : lancer violemment.
  • Icitte : forme familière et accentuée de « ici ».
  • Câlique, tabarouette, tabarnak, maudit, criss : sacres québécois, plus ou moins atténués selon la forme. Besoin d’aide pour démêler tout ça? J’ai une capsule sur les sacres.

Pour aller plus loin dans la compréhension fine de l’accent québécois, de ses nuances et de ses registres, ma formation Comprendre les Québécois vous guide pas à pas avec des exemples audio authentiques et des exercices d’écoute ciblés. Une ressource idéale pour apprivoiser la langue telle qu’elle se parle vraiment ici.

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